FRANCE-ALLEMAGNE ; LE MATCH

C’est ce que l’on peut lire sur la couverture du magazine Grand Gibier. Avant de connaître le résultat des matchs de 8ème de finale, l’équipe de Philippe Viboud a anticipé. Pourtant ici, point de ballon rond. Il s’agit plutôt de comparer ce qui se fait en France et chez nos voisins Allemands dans le milieu cynégétique. Si je fais référence au magazine Grand Gibier, c’est bien parce que depuis longtemps , j’apprécie particulièrement la qualité des rubriques qui y figurent et le sérieux de sa rédaction.

Comme je l’avais déjà évoqué dans un précédent article, Grand Gibier révèle un certain décalage entre nos deux pays et notamment en terme de recrutement. En effet, alors que la France peine à conserver un effectif de Chasseurs après plusieurs années de forte baisse, nos voisins germaniques, eux, réussissent à augmenter leurs effectifs en recrutant des jeunes et presque 20% de femmes. C’est sur ce point, très peu développé par le magazine, que je voulais réagir. Comment font-ils? C’est juste une question d’image et de mentalité. Comme pour la politique, la France est un pays beaucoup trop conservatrice. Sans remettre en cause nos traditions, il faut admettre que nous autres Français, avons énormément de mal à réformer. La seule réforme dont nous ayons pu bénéficier concerne la loi sur la simplification de classification des armes (après plusieurs années d’indécision) et encore quand on parle de simplification, ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver. Il faudrait que nos instances soient capable de faire évoluer nos modes de Chasses par la formation et la co-responsabilisation dans la gestion du gibier avec les autres acteurs de la nature. Il ne s’agit aucunement de remettre en cause nos traditions, mais de mettre en place un système dans lequel tous les acteurs de la nature puissent avoir un droit de parole équitable afin de travailler ensembles sur les diverses problématiques.  Aujourd’hui, au lieu de travailler ensemble, notre système administratif bien français oppose Chasseurs, Agriculteurs et ONF.

L’autre point qui nous différencie de nos voisins (sans aucun doute le plus important), c’est l’image que nous donnons au grand public. En Allemagne, être présenté en tant que Chasseur est plutôt valorisant alors qu’en France, si l’on peut éviter le sujet, c’est parfois (pour ne pas dire souvent) mieux. Nous avons passé quelques heures en ville pour présenter les deux photos présentes à la page 20 du magazine pour demander au public d’identifier la nationalité de ces deux Chasseurs et de brosser une image du Chasseur telle qu’ils la voyait. Le Chasseur de droite à immédiatement été identifié comme un Chasseur Allemand (parfois Autrichien ou même Hongrois ou encore Tchèque) et le Chasseur de gauche comme bien Français, faisant souvent référence au sketch des Inconnus et à la Galinette Cendrée. Je suis sincèrement désolé pour la photo de Stéphan Levoye, photographe à Chassons.com, mais le reflet de ce cliché n’est pas vraiment valorisant pour l’image que donne le Chasseur Français. Bien évidement, c’est toujours le comportement d’une minorité qui ternit l’image d’une communauté, mais le fait est tel qu’il est et ne nous donne pas avantage aux yeux du grand public. Certaines personnes ne sachant pas que j’étais moi-même Chasseur, n’ont pas hésité à nous qualifier de « rois de la nature irrespectueux des autres », « assassins », « gros connards » et même « alcooliques », pour ne citer que quelques exemples. A travers cette petite enquête, il ressort que la première réforme qui doit être effectuée concerne notre image. Même si cela peut paraître aujourd’hui quelque peu démodé, en son temps le loden a donné une image plutôt classe et valorisante pour le Chasseur Allemand, que nous retrouvions d’ailleurs dans les départements frontaliers du nord-est de la France.

Ce sont les Chasseurs eux-mêmes qui doivent réformer la Chasse

Vous l’aurez compris, notre image revalorisée ne passera pas sans de profondes réformes que nous devons nous-mêmes mettre en place. L’une d’entre elles est bien sur la tenue vestimentaire. Ce n’est pas moi qui le dit, mais après cette enquête, il ressort que la tenue en treillis militaire ne valorise pas le Chasseur, mais lui donne plutôt un côté guerrier dont nous pouvons nous passer. A l’opposé, les tenues de Camouflage Chasse apportent un côté Classe Moderne assez bien perçu du grand public. Les Vestes fluo que nous avons pour certains, intégré avec quelques réticences sont plutôt bien perçues du grand public car elles apportent un sentiment de responsabilité et de sécurité. Sur ce point, il faut le préciser, nous sommes plutôt en avance sur nos voisins germaniques. Profitons de cette avance pour renforcer nos points forts.

Un point important qui nous est reproché est la consommation d’alcool. En quelques décennies, cette consommation a été fortement réduite, mais il reste encore des société où il n’est pas rare de rencontrer quelques Chasseurs alcoolisés (et parfois même fortement). Un tel comportement est intolérable et nuit grandement à l’image du Chasseur. L’utilisation d’armes à feu est absolument incompatible avec la consommation d’alcool et là-dessus je suis intraitable. D’ailleurs, il ne faut pas réfléchir longtemps pour ce demander avec quoi l’alcool est compatible. J’en appel à la responsabilité des organisateurs de Chasse à ce sujet. Il y a la Chasse et l’après Chasse qu’il ne faut pas confondre. A chacun de porter la responsabilité sur le fait de reprendre le volant après, mais ceci est une autre sujet.

Autre point que nous devons améliorer est le comportement vis à vis des autres usagés de la nature. Sous prétexte que le droit de Chasse nous coûte de l’argent, certains d’entre nous se comportent trop souvent en conquérants exclusifs de nos forêts. Même si nous rencontrons parfois d’autres usagés dont le comportement est loin d’être exemplaire, sachons nous monter pédagogues. Quelques mots attestant de notre profond respect avers les personnes rencontrées peuvent bien souvent être suivies d’explications sur notre activité et le risque de partager le même territoire en même temps. Ceci se solde dans la majorité des cas par une compréhension mutuelle et contribue à redorer notre image.

A l’heure d’internet où tout le monde se veut être un acteur moderne de la communication, il est devenu quotidien pour certains de publier des vidéos tournées avec ces petites caméras embarquées aux performances extraordinaires. Sans parler ici du côté sécuritaire de l’emploi de ces caméras, les images qui en ressortent ne devraient pas toujours se retrouver sur YouTube car certaines ne sont absolument pas valorisantes pour l’image du Chasseur. Canons qui balayent la ligne de postés, tirs en crête, balles lâchée au milieu des chiens, commentaires plutôt pimentés et j’en passe… S’il vous plait, triez vos images avant que les anti-chasse ne les retrouvent sur le net et les utilisent contre nous.

Encore un point où les Allemands sont les plus forts, c’est la Waidgerchtigkeit ou l’éthique de la Chasse. Le respect du Gibier au moment du tir comme après et les honneurs qui lui sont réservées sont bien plus respectés de l’autre côté du Rhin. Par peur du ridicule, certaines petites sociétés de Chasse françaises pensent que ces rituels doivent être réservés à ce qu’ils considèrent comme « les grosses Chasses« . Il n’en est pourtant rien et ce respect est capable de revaloriser l’état d’esprit de toute une équipe tout en donnant une meilleure image des petites sociétés envers les plus grosses, car même en interne, nous avons un problème de ce côté-là. Le gibier est le même quelque soit la taille de l’équipe et le niveau social de ceux qui la composent. Certains pourraient penser que je chasse dans ces grosses équipes et que j’ai un profond mépris pour ces petites Chasses, mais il n’en est pourtant rien. Si je chasse régulièrement dans de grosses équipes, j’ai néanmoins mon action de Chasse dans les deux  petites sociétés communales, l’une où j’habite et l’autre d’où je suis originaire et cela me paraît nécessaire pour  comprendre la Chasse à tous les niveaux. A tous ceux qui ne connaîtraient pas ce milieu, je peux vous dire que même dans les petites équipes il existe parfois le respect des règles et du gibier et que l’on s’y sent bien également. La Chasse doit également rester à la portée des petites bourses par le biais de ces sociétés.

Le dernier point, et là c’est plus compliqué, est la formation. Il sera bien difficile de passer sur ce point sans faire appel aux instance qui nous gouvernent. La formation au permis de chasser, même si l’on doit reconnaître que depuis quelques années de nombreuses améliorations ont vu le jour, est encore bien loin de ce qui peut être observé en Allemagne. Le Chasseur Allemand est tellement formé qu’il bénéficie aujourd’hui d’une confiance dans la gestion du gibier de la part des autorités administratives. Cette confiance va jusqu’à autoriser les Chasseurs Allemands à détenir une arme de point et de s’en servir pour achever le gibier blessé. Le côté « responsable » du Chasseur Allemand lui permet de gérer l’indemnisation des dégâts de grand gibier sans avoir recours à un système de mutualisation comme nous le connaissons chez nous. Indemnisation dans lesquelles d’ailleurs sont également et directement impliqués Agriculteurs et Forestiers.

Alors sommes-nous les vilains petits canards à monter du doigt? Bien évidement non. Nous devons simplement prendre conscience que notre avenir passe par l’image que nous donnons et qu’il est urgent de réformer profondément  notre activité afin de reprendre les rennes dans les nombreux domaines où notre compétence doit être prise en compte. Nous devons le faire afin que nos effectifs retrouvent une dimension telle qu’elle doit l’être dans notre pays, c’est à dire celle d’une discipline populaire et garante de la culture rurale. Ceci passe inévitablement pas le recrutement des femmes et des jeunes. Nous devons le faire pour reprendre le contrôle de nos finances fortement mises à mal par l’explosion démographique du gibier et des dégâts qui en découlent, et dont nous sommes à l’heure actuelle la seule source d’indemnisation.

Alors comment faire?

Avant de compter sur la réforme administrative, commençons par nous réformer nous-même à titres individuels. Remettons-nous en question sur l’image que nous donnons à travers notre tenue et notre comportement. Regardons le gibier sous un autre angle et avec le plus profond respect qui lui est dû. Approfondissons nos connaissances sur tous les sujets liés à notre activité cynégétique et n’hésitons pas à les partager avec des non-chasseurs. Invitons ces derniers à participer à quelques parties de Chasse pour qu’ils les vivent de l’intérieure et donnons leurs une image différente de ce qu’il pouvaient imaginer jusqu’alors. Par nos connaissances améliorées, devenons force de propositions sur les divers sujets liés à la nature tels que la mise en place de certaines règles quand au respect de la faune sauvage à travers les pratiques agricoles ou encore la responsabilité des différentes parties dans le développement des effectifs de gibiers et des dégâts qui en découlent. Nous avons tous des intérêts divergents, mais également des intérêts communs, mettons en avant nos connaissances au service de ceux-ci afin de faire partie des tables rondes nécessaires à ce que chacun puisse y trouver un équilibre. Les moyens de communication disponibles aujourd’hui doivent nous permettre de revaloriser notre image. Le peuple français est plein de ressources et les Chasseurs n’y dérogent pas. Pour l’instant, l’Allemagne mène par 1 à 0, mais le prochain objectif est encore devant nous. Nous devons trouver des moyens de conserver nos traditions tout en réformant profondément notre manière de pratiquer.

 

Bousculons toutes les idées reçues et faisons en sorte de plus avoir honte d’être Chasseur, mais sans prendre la grosses tête, d’en être fiers…

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