LA DUREE DES BATTUES

Il y a déjà quelques temps de cela, j’étais témoin d’une discussion assez soutenue entre un Directeur de Chasse et deux autres Chasseurs qui, eux postés, se plaignaient de la durée des battues régulièrement organisées dans cette société, beaucoup trop longues selon eux. Cette discussion n’était pas sans me rappeler une étude menée en Allemagne sur ce sujet épineux. Je décidai alors d’enquêter à mon tour sur les divers territoires où j’ai la chance d’être invité. Presque deux saisons se sont passées et ma propre étude porte sur 25 battues menées sur 17 territoires.

Le résultat est sans appel et se rapproche des résultats obtenus de l’autre côté du Rhin. La pluie très présente cette saison à démontré (comme en Allemagne) que sur 3 battues « plutôt arrosées », que le nombre des tirs était nettement plus faible que par temps sec et la question se pose alors d’une réelle utilité de déranger un territoire les journées de forte pluie. Deux battues par temps de neige ont démontré quant à elles, que le nombre des tirs baissait avant le début de la traque pour se lisser ensuite pendant les deux heures suivantes et chuter fortement au-delà. Ce phénomène s’explique par le fait que le bruit des traqueurs est étouffé par la neige et que le gibier, bien calé, ne se déplace qu’au dernier moment.

Sur l’ensemble des 25 battues, tous les coups de feu ont été comptabilisé, montre en main, afin d’en déterminer les tranches horaires d’efficacité et d’en obtenir un pourcentage. Même si pour ma part cela ne me dérange pas de rester plus de 3 heures au poste, les chiffres obtenus démontrent qu’une durée de 2 heures semble être une limite qu’il convient de ne pas dépasser.

Bien au-delà du côté « efficacité », c’est le côté « sécurité » qui s’est trouvé mis à mal. L’attention baisse considérablement au bout d’un certain temps variable suivant les individus et l’on constate que la tenue des armes au poste prend parfois des positions à risque (à l’horizontale sur les genoux par exemple…). J’ai constaté par 7 fois qu’un Chasseur posté, trop impatient, s’était déplacé avant la fin de la traque. Par 3 fois, le Chasseur n’en pouvant plus d’attendre était rentré l’arme chargée à l’épaule. D’autre part après de multiples observations, il semble mis en évidence que les chances de tirer un gibier se dérobant sont bien plus faibles vers la fin, ce dernier étant bien plus stressé par la durée du dérangement.  Cette observation met également l’accent sur le problème des chercheurs de champignons. Certaines équipes, pratiquant un commerce illégal et à partir de l’été jusqu’à la fin de l’automne certaines années, dérangent les forêts pendant des semaines entières, parfois même accompagnés de leurs chiens. L’état de stress  étant à son comble, le gibier cherche souvent la quiétude en plaine dans les cultures, occasionnant  d’énormes dégâts. Les promeneurs quant à eux, qu’ils soient en vélo, moto, quads ou 4×4 et qui rentrent parfois en situation conflictuelle avec les Chasseurs ne commettent en réalité qu’un dérangement de courte durée n’ayant que peu de conséquences sur le stress de la faune sauvage.

Refermons cette petite aparté et revenons à  la battue. Autres avantages à une limite dans la durée, c’est d’une part l’efficacité des chiens. Passé deux heures, la dépense énergétique diminue la performance de nos auxiliaires. D’autre part, le gibier tué en début de traque (le graphique démontre que c’est la majorité des cas) demande à être traité dans des délais raisonnables en fonction de la température extérieure sous peine de voir la venaison subir une détérioration irréversible. Imaginez un Chevreuil (ruminant) rester pendant 2h30 à une température proche des 20° avec une balle lui ayant éclaté foie et intestins…